I didn't sleep last year

L'histoire d'un anthropologue qui voulait faire du game design.

lundi 8 janvier 2007

Ergonomie-anthropologie

Spencer_Tunick___london Depuis quelques mois déjà je suis donc rémunéré comme ergonome. Pour être plus précis je suis rémunéré comme ergonome pour faire de la linguistique appliquée dans un contexte industriel...original n’est-il pas ?

D’autres collègues travaillent pour et avec des ergonomes et... qu’on se le dise... (ou que du moins mes collègues sans-emplois se le disent), ce sont de très bon alliés dans notre insertion professionnelle.

Les points de contact entre l'anthropologie et l'ergonomie sont évidemment multiples. Je vais esquisser une comparaison, à compléter donc....

Les deux disciplines sont transversales ...enfin pour le dire autrement, les deux disciplines empruntent sans vergogne aux autres disciplines. L’ergonomie, (mon point de vue est évidemment celui d’un néophyte), est tournée vers les sciences cognitives et la physiologie. Elle en tire une approche du naturel orientée vers la modélisation et l’expérimentation, une approche commune avec les sciences expérimentales.

L’anthropologie s’est également orientée vers les sciences cognitives, mais en France le mouvement semble ne pas avoir rencontré le même succès qu’outre atlantique, ou du moins, ne pas avoir engendré des débats et des écrits de la même qualité (à noter que du coté de Nice des travaux se réclament des sciences cognitives et que c'est sûrement de ce coté là et pas au Nord qu'il faut chercher). L’anthropologie, tel que je la perçoie (que de précautions) est plus orientée vers une approche naturaliste de l’expérimentation (au sens littéraire du terme). Les descriptions et observations réalisées ne cherchent pas à faire la preuve de leur possible répétition. L'observation est irréductible...comme les gaulois (ouf un peu de détente).

L’ergonomie est une discipline et une pratique du terrain. Elle a besoin d’un projet de transformation et de création pour pouvoir se mettre en action. L’ergonomie se pense et se veut être une discipline pragmatique, pragmatiste même... puisqu’elle cherche à connaître le monde en le transformant. L’anthropologie a un contact plus complexe face à la réalité du fait même de l'importance qu'elle accorde à l'écrit dans la construction d"un projet de connaissance. La réflexivité (pour le coup) fait sa force. Le terrain anthropologique (l'enquête) est orienté vers le texte.…ce qui fait peut-être que l’anthropologie est plus agréable à lire qu’à vivre... à la différence de l’ergonomie…

Posté par Jaujou à 19:17 - Ergonomik - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

chasser le naturel...

Je lis ton dernier post – comme les précédents, d’ailleurs – avec beaucoup de plaisir. Aujourd’hui, il est double. Il y a, d’abord, celui de profiter par procuration d’un peu de réussite professionnelle, que je te souhaite durable. De l’anthropologie non académique stricto sensu, et visiblement dotée d’enjeux (analytique, pratiques, …et autres termes en –iques) vraiment riches, qui semble fonctionner, c’est toujours un plaisir à découvrir.

La seconde raison de mon enthousiasme matinal est ta petite référence à l’anthropologie azuréenne, à la quelle je participe modestement (et ce n’est pas une formule convenue) mais qui, pour être juste, repose sur un nombre limité de chercheurs. A dire vrai, en 2006-7, elle est essentiellement animée par deux professeurs ; le sociologue Bernard Conein, récemment intégré au laboratoire en question (le LAMIC) et spécialiste, notamment, de la cognition distribuée (place des objets dans l’interaction ; communautés virtuelles expertes ; etc.) ; et l’anthropologue Joël Candau, qui, par ses travaux sur la mémoire (et ses relations à l’identité) ; l’anthropologie sensorielle (plus spécifiquement l’olfaction) et plus récemment la coopération, propose une approche cognitive du social et du culturel. A mon sens, cette attention au microsocial les différencie quelque peu des travaux de l’équipe réunie par Dan Sperber à l’Institut Jean Nicod, LA référence française (et bien au-delà) en la matière, dont les travaux portent de plus en plus vers des théories anthropologiques pertinentes à l’échelle de l’évolution humaine, et pour laquelle l’ethnologie, au sens lévistraussien du terme, est peut-être moins prompte à s’enrichir.

C’est une façon fort élusive et maladroite de poser la question, qui ne résout certainement aucun problème. Mais l’occasion de proposer ce rapide incipit était trop belle pour ne pas la saisir. A plus forte raison que si les anthropologues sont peux nombreux à « faire du cognitif », plus fréquents sont les chercheurs qui s’en réclament, sans pour autant pratiquer (ni avoir étudié) notre discipline. Au delà de stériles querelles de chapelles entre sciences (molles et dures ; de la nature et de la culture, …), il y’a matière à avancer un peu dans cette direction, sans mauvais réductionnisme aucun.

Posté par olivier, mardi 9 janvier 2007 à 10:25

Je pense aussi qu'il y a vraiment matière à avancer en faisant du cognitif sans emprunter nécessairement les schémas d'"autorité" et de "preuve" propres aux sciences dures. Pour ma part, je suis bien inculte, mais je trouve chez certains auteurs sociolinguistes ou ethnolinguistes beaucoup de pistes praticables...
Est-ce qu'on trouve des revues en ligne spécialisées en anthropologie cognitive ?

Posté par Jaujou, mercredi 10 janvier 2007 à 18:37

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