I didn't sleep last year

L'histoire d'un anthropologue qui voulait faire du game design.

mardi 6 mars 2007

L'anthropoblogue est de retour

headerLa boucle commence à se boucler. Après une connexion via Olivier sur l'anthropologie cognitive, voici une connexion via Guillaume, un collègue ergonome, sur l'anthropologie cognitive.

En l'occurence la connexion se réalise sur Edwin Hutchins, le pape de la cognition distribuée dont j'ignorais l'existence jusqu'à tout à l'heure et dont la biblio me plaît énormément. La connexion fonctionne parce que le dit Hutchins travaille sur la cognition dans les cockpits d'avions (avec une dimension linguistique importante) et en plus est cité et connu par les ergonomes. Du coup, grâce à ce cher monsieur, j'ai retrouvé pied dans mon activité, je veux dire que je vais pouvoir aborder l'ergonomie plus sereinement maintenant que j'ai remonté le courant jusqu'à l'anthropologie.

D'autres pistes sont à ouvrir, Olivier citait Theureau dans les auteurs-pistes pour une anthropologie cognitive, les petits gars du GRIC (à l'IRIT) dont fait partie Guillaume sont également une bonne piste...[et de l'IRIT il n'y a qu'un pas vers l'ERSS et le TAL ...vraiment je boucle.]

Posté par Jaujou à 20:11 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

où trouver le cognitif ?

Evidemment, oui, emprunter la route d’Hutchins, c’est suivre une voie de recherche énorme, celle de la cognition située, distribuée (et dans une moindre mesure en sciences sociale, « incarnée »). Les recherches de Jean Lave et Etienne Wenger font autorité en la matière, et certains anthropologues n’hésitent pas à s’en servir, avec plus ou moins de bonheur. La notion de « communauté de pratiques » qu’ils ont développée, notamment, est une option élégante pour opérer la jonction entre sciences sociales et sciences cognitives plutôt centrées sur les mécanismes individuels. Elle est la voie empruntée notamment par le sociologue Bernard Conein (dont je t’avais brièvement parlé dans un précédent commentaire) qui dirige actuellement le « laboratoire des usages » de l’Université de Nice, à Sophia Antipolis, dont le titre et la position géographique donne le ton de son inscription dans la technologie, et i.e. l’ergonomie.

Parmi les anthropologues plus « mainstream » mobilisant les travaux de Lave, Descola n’est pas le moindre. Dans le numéro 1 des Cahiers d’Anthropologie Sociale, une nouvelle revue associée au LAS publiée chez l’Herne, consacré aux savoir-faire, il y est à question à de nombreux endroits. Dans la même veine, l’excellent anthropologue britannique (maintenant à Aberdeen) Tim Ingold utilise ces recherches en cognition distribuée pour s’opposer au programme de Dan Sperber ou de Maurice Bloch. En fait, plus généralement, c’est l’ethnologie des techniques (représentée en France par la revue « Techniques et Culture ») qui est friande de ces concepts.

Cependant, pour clore ce très rapide panorama, on peut souligner comme le fait Dan Sperber dans

(2006) “Why a deep understanding of cultural evolution is incompatible with shallow psychology”. (in Nick Enfield and Stephen Levinson (eds.) Roots of Human Sociality, 2006 : 431-449 (en ligne sur son site : http://www.dan.sperber.com/)

que l’intérêt pour la dimension distribuée de la cognition ne doit pas pour autant faire oublier l’intérêt d’une étude des mécanismes cognitifs propre à l’organisation interne de l’esprit-cerveau, pour le dire en une phrase. Située et distribuée entre agents/acteurs, la cognition ne continue pas moins d’avoir son « siège central » dans le cerveau, ou pour le dire mieux, dans les multiplicités des cerveaux impliqués dans une tâche collective. Et je constate en effet que, alimentant plus que ne résolvant les sempiternels tensions entre partisans de plus ou moins de « psychologie » en anthropologie, la référence à la cognition située est souvent un argument pour ne pas « toucher au cerveau », toujours pour le dire rapidement et maladroitement. C’est notamment la voie qu’emprunte un moment Descola dans « Par delà la nature et la culture » (2005). Mais ceci est peut-être déjà trop l’expression de mon opinion pour constituer une présentation éclairante ?

Posté par olivier, mercredi 7 mars 2007 à 12:04

Long is the road

C'est intéressant de redécouvrir certaines thématiques rencontrées notamment à travers la philosophie analytique et surtout la philosophie du langage ordinaire (Austin, Cavell, Wittgenstein). Quand je lis "communautés de pratiques", c'est sûr que je fais d'autres associations.
En tout cas, vraiment merci pour ces références, c'est un plaisir d'aller voir ailleurs !

Posté par Jaujou, jeudi 8 mars 2007 à 19:35

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