lundi 4 septembre 2006
Fiction familiale
Pour entrer dans Fiction familiale, je vous conseille de passer les 16 premières pages et de commencer votre lecture à la page 28. Les pages non lus contiennent évidemment des informations intéressantes, mais elles trahissent le texte, de part leur ton un peu docte et leur connexion sur des problématiques disciplinaires finalement quelque peu superficielles aux vus du propos de l'ouvrage.
En entrant par la page 28, vous lirez cela:
"Moi: Bonjour, C'est moi, je rentre demain
Ma mère: Bonjour mon grand. Tu viens avec A. ou elle te rejoint?
Moi: Non, c'est fini.
Ma mère: comment ça "fini"?
Moi: fini quoi. on est plus ensemble.
Ma mère c'est dommage elle était gentille A.
Moi: Humhm, bon allez à demain
Ma mère: Binh écoute, à demain."
Vous découvrirez un extrait de conversation téléphonique, entre l'auteur et sa mère. Un échange anodin, où Eric Chauvier annonce son retour pour le week-end, et, "en passant", sa rupture avec sa copine d'alors. Le petit extrait de conversation transcrit de mémoire par l'auteur caractérise le ton de l'ouvrage. En apparence anodin, nous percevons pourtant des façons de se taire, des appels du pied, une économie de la parole, une certaine pudeur confondue avec de la rudesse... nous percevons dans cet échange la texture d'une matière familière. Eric Chauvier nous implique dans l'épaisseur de son ordinaire conversationnel. Son projet, montrer (plus qu'expliquer) comment nos habitudes de langage et les savoirs qui leurs sont afférents participent de la construction et de la reproduction d'un vivre ensemble.
Dans Fiction familiale, l'écriture d'Eric Chauvier est méthodique... trop peut-être. Eric Chauvier s'arrête sur chacun des énoncés qu'il transcrit, tente de décrire au mieux l'intonation prise, parfois de façon contrastive en imaginant d'autres possibles, décortique les savoirs d'arrières-plans nécessaires à la compréhension de quelques mots ou d'un silence. En accumulant les couches de description, Eric Chauvier nous propose une archéologie conversationnelle. Son travail à coup de pinceaux et de mini-truelle est parfois exaspérant, mais ce qu'il remonte est totalement unique.
Il faut entendre la voix d'Eric Chauvier dans cet ouvrage, comme l'a écrit Anne ici-même, l'impudeur que l'on trouve dans les interstices de ses scrupules. Son retour chez ses parents pendant l'été (encore l'été....) est marqué par un évènement dramatique : le cancer de sa mère et le début de son traitement. Eric Chauvier nous parle de ce moment de sa vie : comment les différents membres de sa famille entreprennent de conserver les contours de ce qu'ils identifient comme "leur" ordinaire. Il y a quelque chose d'étrangement banal dans ce que nous montre l'auteur. L'ordinaire apparaît en creux, lorsqu'il est menacé, lorsque la quiétude qui lui est caractéristique n'est plus possible. Pour saisir ce qui est en train d'échapper à sa famille, Eric Chauvier élabore un vocabulaire analytique relativement précis, qu'il nous invite le long de son livre à affiner, nous faisant ainsi complice de sa pratique archéologique.
Je pense que les premières pages du livre d'Eric seront difficiles à lire pour n'importe quel lecteur (bien plus qu'Anthropologie). Pourtant, il me faut vous encourager à profiter de ce que nous a offert Eric Chauvier. Il n'y a pas nécessairement besoin de prérequis pour lire Fiction familiale. Il faut être capable de supporter cette focale sur le détail, et la densité des constructions syntaxiques propres à l'auteur.
Lisez-le. J'aimerais partager avec vous cette dernière scène, près de l'étang, où sont réunis l'auteur, sa mère son père, ses grand parents et son frère. Une scène magnifique qui fait quasiment partie de ma propre vie, qui me rend parfois mal à l'aise, comme un souvenir d'accident, ou un cauchemard lors d'une forte fièvre.
mercredi 30 août 2006
Anthropologie
Eric Chauvier vient de signer son troisième livre, intitulé avec sobriété, Anthropologie.
Il a présenté son livre sur France culture (vous pouvez écouter cela ici, il parle pas beaucoup, mais ça le rend mystérieux), ce dernier livre a été chroniqué dans les Inrock' (c'est dire s'il est mystérieux...).
Ce dernier livre est disponible dans toutes les librairies à un prix modique (5,80 euros).
Courrez l'acheter (et offrez-le !).
Je ne vous dis rien de plus pour le moment...ni sur Eric Chauvier, ni sur son travail. Je vous parlerai de son premier ouvrage, Fiction familiale, dans le prochain post !


