I didn't sleep last year

L'histoire d'un anthropologue qui voulait faire du game design.

samedi 15 juillet 2006

Bibliogénéalogie

Je pourrai reprocher bien des choses à mon directeur de thèse, mais je dois avouer qu'il a une bibliothèque fantastique dans laquelle je me suis complètement reconstruit en 5 ans (brutal quand même). J'ouvre ci-dessous une petite liste des ouvrages qui m'ont donné envie d'écrire et de vivre comme un anthropologue: je vous propose une bibliogénéalogie. Je ne ferai pas de comptes rendus à valeur scientifique, j'essayerai simplement de suggérer l'admiration sans borne que j'ai pour ces ouvrages.

Dieux_et_vampire_WachtelDu_t_moignageJe pense d'abord à Dieux et vampires de Nathan Wachtel parce qu'il représente pour moi un modèle de finesse et d'immédiateté dans l'écriture. Le genre d'ouvrage que j'offre à mes proches. Tout comme Du témoignage de Norton Cru, une perle dénichée par mon professeur, malheureux de ne pas l'avoir trouvée avant...

Malaise_dans_la_cultureVisweswaranJe ne pouvais pas ne pas le citer, Malaise dans la culture. Un livre qu'on aurait mieux fait d'intituler Malaise en anthropologie. Non loin de Clifford, l'ouvrage le plus important de ma courte carrière reste sans conteste Fictions of feminist ethnography. Incontestablement un indispensable de l'anthropologie. Je me suis construit une écriture en référence à cet ouvrage...

CavellLa_parole_malheureuseCavell, un auteur que j'ai découvert en lisant Sandra Laugier, une oeuvre incroyable que je recommande aux lecteurs mécontent de Searl ou à ceux qui n'ont lu que le titre des livres d'Austin. Bouveresse, un modèle d'exigence. Je pense à lui quand j'écris et je dois dire que je ne suis pas fier de ce que je fais... mais celà sert à ça les lecteurs imaginaires.

Les_mots_la_mort_les_sortsLa_paix_blancheQuelques livres encore, dont la présentation est très sûrement inutile, et qui sont des modèles d'implication et d'écriture, avec une mention spéciale pour Robert Jaulin, qui n'avait pas peur de dénoncer ses collègues les plus frileux.

 

La_raison_graphiqueGoffmanGoffman et Goody, encore des ouvrages dont la présentation est inutile. L'intelligence et la souplesse d'une construction notionnelle chez Goffman, la force de l'argument chez Goody...

 

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vendredi 14 juillet 2006

A lire avec son café

as001001Pour ceux qui ne regardent pas le défilé, à lire avec votre café, cet article de Frank Salamone que vous trouverez à cette adresse.

C'est un article parfait pour le début de vacances. Il est construit en réaction à l'anthropologie féministe qui selon l'auteur s'accapare les problématiques de genre. Il n'est pas facile d'être un homme sur son terrain. Une anthropologie de la sollicitation ?

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mercredi 28 juin 2006

La pensée dominante de la pensée dominante ?

st_phane_breton_par_olivier_rollerJ'ai lu ça dans Le Monde à cette adresse, dépêchez-vous tant que c'est accessible :

"Aux yeux de sa profession, Stéphane Breton est atypique par ses goûts esthétiques, son cinéma, ses références littéraires. Il est aussi à contre-courant de la pensée dominante en ethnologie. "Comme un certain nombre d'entre nous, explique l'anthropologue André Iteanu, Breton est hostile au courant postmoderne, largement issu des disciples de Foucault, qui revient à tout relativiser, à affirmer que tout est question d'interprétation, de point de vue. Parce qu'il est un voyageur curieux des hommes. Il croit à l'engagement sur le terrain, où on acquiert un savoir qui n'est pas réductible à celui de la bibliothèque."

Faut-il comprendre qu'il existe un courant appellé "post-moderne" en France ? Qu'il est dominant ? Qu'il vit dans des bibliothèques ?  C'est étrange quand même de voir le paysage anthropologique depuis le quai Branly. Le petit laïus sur le terrain est bien connu, la réaction sur Foucault aussi, mais continuer de parler de "post-moderne" ça fait un peu has been non ? Enfin le "musée des Arts premiers" aussi ça fait has been, alors il y a une certaine cohérence. Il est difficile de comprendre cet article sans prendre on compte la dramaturgie choisie par le journaliste (Stéphane Breton l'hérétique du quai Branly). On regrette qu'il n'ait pas profité de la métaphore pour donner l'occasion à M. Breton de dire ce qu'il pense de ce musée..

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mardi 30 mai 2006

A lire sur ethnographiques.org

martine_franck_eboueursJe viens de lire, avec mon café, un article intéressant d'Alexandre Lambelet sur sa recherche dans une entreprise de traitement de déchets. Il rend compte de la lecture de la direction de cette entreprise sur son mémoire. Lambelet s'est intéressé à la façon dont les éboueurs s'identifient comme un groupe (une tension entre le nous et le eux (les administratifs, la direction) et le nous et le je), à travers, entre autres les insultes rituelles. La direction ne retiendra que les insultes... A lire ici.

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mercredi 17 mai 2006

Stand alone complex

Je suis malade depuis le début de la semaine, l'occasion de ne strictement rien faire sans trop de mauvaise conscience. J'en profite pour regarder un anime (dessins animés japonais) traitant de manipulation de l'information et d'Intelligence Artificielle, sur fond de questions politico philosophiques. Le titre de cet anime est inspiré d'une oeuvre d'Arthur Koestler (qu'il faut que je me procure) se nommant Ghost in the machine (traduit en français par le titre le cheval dans la locomotive). Le titre de l'anime est Ghost in the shell. J'aurai l'occasion de développer la théorie sous ce titre dans un autre post.

Le sous titre de cet anime, "Stand alone complex", introduit une notion intéressante. Elle questionne, entre autres, la découverte de copies sans original. Cette notion de "copies sans original" est développée à la fois comme une intrigue de forme historique (la recherche d'une source, d'un original, met en scène les mécanismes de circulation de l'information) mais aussi comme une question d'ordre philosophico cognitive ("qui de la poule ou de l'oeuf") et d'une certaine manière anthropologique (un récit mythique peut être étudié comme une copie sans original, bien que la copie elle-même mette en scène sa version originale dans son récit). Ce "Stand alone complex" peut être également compris comme une théorie de la génération de groupes et de l'apparitin d'une conscience collective (sic). L'anime parvient à rendre l'expression moins galvaudée en lui conférant une profondeur en s'appuyant sur la notion de réseau, d'accès à l'information et de mémoire...

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Indigène de la douleur

J'aimerais partager avec vous un article de Marta Allué sur la douleur. Cet article m'a fait une drôle d'impression, Il y a quelque chose de particulier dans son positionnement. Elle refuse d'investir la douleur comme un objet normal. La douleur doit rester vive, le sujet ne doit pas servir les intérêts d'une animation académique mais être traité avec déférence.  Marta Allué se pose comme une indigène de la douleur. Elle a écrit plusieurs romans sur le sujet. Cet article semble participer de l'affirmation du caractère anthropologique de son travail ; jettez-y un coup d'oeil.

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dimanche 30 avril 2006

Science-fiction

Frank Herbert, dans son cycle de roman Dune, propose une vision originale des applications possibles de l'anthropologie. (Le terme anthropologie, dans mes souvenirs, n'est pas utilisé).

Ces applications sont le fait d'un ordre exclusivement féminin, les Bene Gesserit. Les Bene Gesserit ont dépêché des missionnaires sur l’ensemble des planètes de la (ou des) galaxie(s), ont pénétré la plupart des groupes humains et occupé une fonction religieuse afin d'implanter dans leur mythe, un culte messianique (cette fonction est appelée dans le roman « Manipulateur des religions »). Outre cette manipulation, une « Missionaria Protectiva », prépare pour les Bene Gesserit une niche dans l’organisation sociale de certains groupes humains, pour qu’elles puissent y être en sûreté en cas de besoin(elles sont reconnues comme sorcières).

En l’occurence le projet messianique des Bene Gesserit sert un projet de manipulation génétique sur une très grande échelle, visant à contrôler la venue du Kwisatz Haderach, un être parfait, un Bene Gesserit mâle. Pour nous résumer, les Bene Gesserit font émerger des cultes messianiques pour mener à bien et contrôler leur propre projet messianique. (Ces mythes, et la façon dont ils se retournent contre leur manipulateur (notamment à travers un Jihad destructeur) constitue une des trames centrales du cycle de romans).

Mais, les applications de l’anthropologie ne s’arrêtent pas là. La plupart des conversations dans Dune, font l’objet d’une grande tension. Les interlocuteurs passent leur temps à interpréter leur position dans la discussion, à évaluer ses différents enjeux et, à partir de ses informations, tentent d’infléchir sur le cours de la conversation. Des odeurs corporelles aux inflexions de voix en passant par la posture du corps tout est utilisé pour obtenir des informations utiles sur les intensions de son interlocuteur. 

Je trouve cet usage possible de l'anthropologie captivant.

Imaginez une fervente lectrice de Levy-Strauss qui innove discrètement, en utilisant toute les ressources de l’interactionnsme et de l’analyse conversationnelle pour modifier subtilement certains couples notionnels ou système d'opposition (et autres configurations décrites par Levy-Strauss) dans un groupe humain, afin d'y faire émerger un culte messianique.

Cette vision très pragmatique des "ressorts" d'une culture ou d'une religion offre une vision inédite du monde  que réalise une bibliothèque d'anthropologie.

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samedi 29 avril 2006

Titres et traductions de titres 2

How to do things with words ?

Quand dire c'est faire.

Ce titre particulièrement efficace, est employé comme une forme de résumé (ou de doxa) du texte d'Austin.

La comparaison avec le titre de Geertz est intéressante. Le titre d'Austin comporte également une dimension ironique et parodique. Il s'agit encore de parodier un genre, pour Geertz les biographies des historiens des sciences, pour Austin, les écrits pragmatiques au service de ce que l'on appelle aujourd'hui le "développement personnel" (comment me faire des amis ? comment devenir spirituel et attirant en dix leçons ?, etc.)

Le titre d'Austin souligne la pragmatique de son texte. Il y a un usage à faire de ce texte. Ce titre nous place dans le monde du lecteur. Il confère une place au texte (comme entité) dans l'envirronnement linguistique décrit par Austin, détail important chez un auteur très attaché aux conférences et aux cours, qui n'a pas écrit beaucoup (parce que mort jeune), et qui n'a pas développé, à ma connaissance, de problématiques sur les relations entre le texte et l'oral. Cette parodie du "développement personnel" est évidemment à double sens. Il me semble qu'Austin attend une transformation de son lecteur et de sa conception du langage. (J'ai souvenir que Sandra Laugier evoque très bien cet aspect).

Le titre français met en boîte son contenu, ce qui peut être, finalement, une des fonctions du titre.

L'énonciation est en rapport avec l'action. Oui mais, toute énonciation peut-être décrite comme une action (pas seulement les performatifs explicites), tout dépend évidemment de la description de la situation dans laquelle elle occure. On trouve chez Austin une réflexion sur cet accord sur la situation en cours (on trouve celà aussi chez Gumperz et chez Goffman) et sur la reconnaissance et la distinction des actes de parole.

L'énoncé "Comment faire des choses avec des mots" peut-être entendu comme un projet de description des dispositifs nécessaires pour réussir à faire des choses avec des mots, et s'assurer donc de la reconnaissance de son action faite en parlant. On perd cette dimension dans le titre français qui semble plus naturaliste.

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jeudi 27 avril 2006

Titres et traductions de titres 1

Works and lives : the anthropologist as author                     

Ici et là-bas : l'anthropologue comme auteur      

L’usage par Clifford Geertz du couple Works and lives comporte une référence ironique aux biographies de scientifiques. Ce titre, après lecture de ce qu'il recouvre, met au jour le travail réalisé par les anthropologues pour inscrire leur activité de recherche dans cette distinction.

La traduction française de Danièle Lemoine met en place une autre opposition, qui semble, en France, servir de résumé à cet ouvrage : Ici et là-bas: l’anthropologue comme auteur. Qui a choisi ce titre? Sûrement l'éditeur. La pertinence de ce titre est difficilement contestable. Cette opposition sert différentes problématiques : comment un anthropologue investit de son autorité, dans un contexte académique et littéraire, un "terrain" dont il est désormais absent. Nous trouvons également dans ce "Ici et là-bas" l'expression d'un rapport problématique entre les scènes de représentation des anthropologues. Il est tout aussi difficile d'être un anthropologue "ici" que "là-bas". Geertz suggère également comment cette opposition a parfois du mal à fonctionner et combien il est de plus en plus difficile de tenir le terrain "là-bas".


Je regrette la connotation ironique du Works and lives, qui met en cause l'affirmation professionnelle des anthropologues, et la naïveté rhétorique des biographies héroïques de la discipline. Le titre français ne rend pas compte de l'aspect "contribution à une anthropologie des sciences" de son texte. Si le titre sert un acte éditorial, alors on pourait dire que le Ici et là-bas nous donne à lire le texte de Geertz comme une approche critique et littéraire de l'exotisme en anthropologie.


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