dimanche 8 octobre 2006
Combinatoire en vrac pour une définition de l'anthropologie
J'aimerais prolonger le débat avec Eric et Olivier en m'arrêtant deux minutes sur ce que peut donner, en termes de combinaison, une définition de l'anthropologie...
On peut grosso modo différencier deux grands modes de définition:
Un mode descriptif / prescriptif : une description d'un ou plusieurs caractères de l'anthropologie nous informe sur ce que doit être l'anthropologie. Une description implique une détermination ou pour le dire autrement une reconnaissance.
Un mode contrastif / prescriptif : l'identification de l'anthropologie se fait en creux, contre et avec les autres disciplines des humanités. La discipline est définie de façon concurrentielle. Son existence résulte d'un espace à combler dans le puzzle des humanités.
Avec et contre les autres disciplines, l'anthropologie peut être définie :
Par ses objets :
- les notions de population et de groupe, par exemple, continuent de jouer un rôle fondamental dans la définition de notre discipline (l'anthropologie traiterait de "sociétés archaiques", d'"ethnies", de "micro groupes", etc.).
- autre direction, la notion de culture (ou plutôt de "culturel") sert encore la production de définitions contrastives de l'anthropologie (culture vs société vs psyche, etc.). Cette notion a servi et sert un découpage descriptif des champs de l'anthropologie (segmentage thématique du "culturel" : parenté, politique, religion, etc.); la sémiotique a permis d'ouvrir ce principe de catégorisation thématique.
Par les méthodes qu'elle met en oeuvre
- les méthodes d'enquête: l'"observation participante", le "terrain", la "recherche action", etc.
- les méthodes de traitement des données: l'analyse, la comparaison, les méta récits (structuraliste, marxiste, et autre-istes etc.)..
Pour rendre cette combinatoire plus intéressante plusieurs projets peuvent être identifiés
- Définir l'anthropologie c'est définir une discipline parmis d'autres et mettre en place une prérogative discursive (définir une répartition du travail entre les chercheurs, un public, un mode de reproduction professionnelle, etc.).
- Définir l'anthropologie c'est définir une portion du monde à étudier : c'est donc décrire le monde.
- Définir l'anthropologie c'est définir une praxis: c'est donc définir une façon d'investir le réel (de l'expérimenter).
A affiner.
lundi 31 juillet 2006
élève A - professeur B
[en attente pour lecture corrective B][lecture corrective professeur B]
1.
Le régime textuel de l'anthropologie est centré sur la communication scientifique. L'anthropologie est une discipline scientifique et à ce titre communique comme telle: pourquoi les textes anthropologiques devraient-ils être plus lisibles que ceux d'une autre discipline? Les mécanismes d'édition de notre discipline sont indissociables des mécanismes de reproduction professionnelle. Nous trouverons dans la présentation et la soutenance d'une thèse une forme paradigmatique de ce rapport entre l'affirmation professionnelle d'un anthropologue et la reconnaissance de ses lecteurs-pairs. La thèse n'est-elle pas plutôt l'affirmation du principe d'édition impliqué par les textes anthropologiques ? Etre-lu et se faire-lire sont des composantes essentielles de l'existence professionnelle des anthropologues faute d'autres lieux et d'autres modes de représentation de leur pratique.
2.
Transformer l'adresse et la pragmatique du discours anthropologique c'est évidemment transformer ses modes d'évaluation. Travailler l'adresse du texte c'est reconnaître que l'académie (ce comité de lecture théorique) ne détient pas les éléments nécessaires à l'évaluation d'une connaissance attachée à une démarche circonstanciée. L'évaluation de l'activité scientifique d'un anthropologue ou d'un laboratoire est sûrement un enjeu majeur du developpement de notre discipline. Pour déplacer l'évaluation vers l'enquête et le terrain, il est nécessaire de reconsidérer la finalité des actions réalisées par l'ethnologue sur son terrain.
3.
Les résistances à un changement de l'adresse et de la pragmatique de l'anthropologie peuvent être comprise comme une forme d'entreprise de conservation du projet académique de la discipline. Il n'est pas rare aujourd'hui d'entendre des anthropologues se réclamer du positivisme. Cette revendication me semble symptomatique d'une volonté de donner à l'anthropologie un projet cognitif lui assurant une existence institutionnelle indiscutable. L'intérêt de ce conservatisme doit être évalué à l'aune du mouvement anti utilitariste en sciences sociales. Les catégories de l'anthropologie ne doivent pas devenir les catégories des politiques publiques (bien que ces dernières peuvent être impliquées dans une investigation). La textualité académique de l'anthropologie tend pourtant à imposer un nombre important de catégories dont le redoublement institutionnel est discutable. Le fonctionnement de l'anthropologie reste concentré sur sa propre reproduction. Encore une fois, les sujets de thèse me semblent symptomatique de l'échec de cet académisme.
lundi 5 juin 2006
Solution dite du consulting assumé
Il est possible d'être payé "pour son statut d'anthropologue" ou "pour faire de l'anthropologie" par des cabinets de consulting ou de marketing (monter sa propre boîte est une autre affaire).
Pour que cela arrive vite, il faut disposer d'un bon réseau, avoir de la chance (merci Anne), et/ou avoir un sujet dont les termes se prêtent facilement à une traduction institutionnelle. Les jeunes anthropologues ont tendance à se fermer lorsqu'il est question de
consulting et de marketing. "Trop vite les recherches vont, mieux payées
elles sont,
plus séduisant est le consulting", le côté obscur de la force quoi...
Pendant ma thèse j'ai travaillé sur les usages de catégories musicales. Une de mes alternatives professionnelles post doctorales était, entre autres, de me tourner vers des boîtes de marketing ou de consulting, pour leur proposer un travail sur les usages des consommateurs et réaliser des modélisations pour des applications logicielles ou marketing. J'ai essayé de prendre contact avec un laboratoire de recherche de sony (intéressé par la linguistique), sans succès faute d'interlocuteur.
J'ai réalisé dernièrement deux candidatures spontanées auprès de cabinets de consultant (en valorisant mon expérience en institution gériatrique) pour le moment sans réponse...
Premier constat (avant de m'auto évaluer comme un looser) : nous aurions tort de penser qu'un profil d'anthropologue est adapté au travail demandé à un consultant, du moins du point de vue de nos employeurs. Notre spécialisation (parfois revendiquée dans nos CV, ou parfois supposée par nos interlocuteurs) nous dessert. De ce point de vue, la recherche de poste doit être pensée comme un travail de promotion (et de traduction) des compétences d'un anthropologue. Deuxième constat, comme dans la recherche publique, il faut disposer d'un certains nombres de contacts pour y entrer.
Bip, bip, bip....Attendez...Bip, Bip, Bip,...excusez moi...mon détecteur de généralités s'étant mis en marche, je vais essayer d'être plus direct.
J'ai travaillé sur une courte mission pour un cabinet de consultant parisien. Il s'agissait de mettre à profit une observation en immersion pour remplir des fiches et faire des descriptions de postes en officine de pharmacie. Nous étions payé pour être ethnologue, non pour faire de l'ethnologie. Evidemment, cette conception de la recherche peut apparaître frustrante. Mais elle offre sûrement une expression pour le moins pertinente de ce que peut donner une carrière d'ethnologue dans un cabinet de consultant. En l'occurence, l'ethnologie permet de composer avec les conditions d'observation et la situation de commande, le texte anthropologique ne constitue pas une finalité de la posture d'ethnologue, c'est le dispositif lui même dans lequel l'ethnologue est amené à assumer son statut qui prévaut.
Pour se lancer dans le consulting, milieu particulièrement usant, d'autres en témoignerons, il faut donc abandonner une certaine prétention littéraire, et privilégier une représentation pragmatique de l'activité anthropologique.
Bip, Bip, Bip,..mon détecteur de généralités doit avoir un problème..
vendredi 2 juin 2006
Solution dite de l'enseignement volontaire (que faire avec un doctorat d'anthropo...)
Une des possibilités qui s'offre aux anthropologues est évidemment de se tourner vers l'enseignement, en passant le Capès ou l'agregation. Devenir professeur est une bonne alternative pour continuer d'essayer d'entrer dans l'université. Evidemment, il faut se préparer à ces concours, et choisir une discipline. Pour les plus doués, il faut compter deux ans, un an pour se faire à l'exercice et appréhender le programme, un autre pour le réussir. Il ne faut pas avoir peur de perdre son temps...
Une fois dans l'enseignement, il faut continuer d'enquêter et d'écrire, et entretenir son réseau. Les vacances semblent particulièrement bien adaptés à l'écriture. Pour ce qui est d'enquêter, celà me semble un peu plus délicat. Notons tout de même qu'il peut être intéressant de mener une enquête sur son lieu de travail, si la démarche n'est pas très originale (un professeur parlant de son expérience de professeur) une approche anthropologique peut permettre de générer des thèmes nouveaux et puisque les jeunes professeurs commence leur carrière dans le 93, c'est l'occasion de faire du terrain sensible.
Les anthropologues n'ont (semble-t-il) pas eu la bonne idée d'occuper l'enseignement secondaire, au même titre que la philosophie par exemple. Pourtant, les questions de culture et de civisme, telles qu'elles sont formulées par les médias, pourraient trouver comme réponse un enseignement de l'anthropologie au lycée. Est-il trop tard pour faire entrer l'anthropologie à l'école ? Qui peut mener ce mouvement ?
L'association d'étudiants en anthropologie de Bordeaux (association l'Autre) a essayé (je ne sais pas où ils en sont) de multiplier les partenariats avec des collèges et des lycées pour y faire des interventions. Il est toutefois difficile d'avancer sans un soutien inconditionnel de l'université. Les résultats avec les petites écoles étaient plutôt bon. Mais de là à péréniser un poste...
En marge de l'enseignement, l'anthropologue peut essayer de devenir formateur. Il s'agit en l'occurence de transformer une enquête en contenu de cours pour intéresser des professionnels ou des volontaires. Le milieu médico-social semble être adapté à ce type de pratique. La surveillante de Laprade m'avait conseillé de me renseigner. Le milieu de la formation est très proche du milieu du consulting, et pour y être actif, il me semble nécessaire d'y avancer avec beaucoup de curiosité et d'humilité.
J'ai une petite expérience d'enseignement dans les Instituts de Formation en Soin Infirmier. Un module d'anthropologie avait été mis en place par des infirmières formatrices motivées. Suite à mon travail à Laprade, je pense qu'il est possible d'investir ces instituts de formation et de leur proposer un contenu de cours adapté à la réalité de leur futur métier...
Il est possible, dans une certaine mesure, de triturer un terrain pour en sortir matière à formation pour un public déterminé. Il me semble toutefois difficile d'en faire une posture viable sur le long terme...
jeudi 1 juin 2006
Tu feras quoi quand tu seras grand ?
Après une série d'hypothèses autour de l'improductivité institutionnelle de l'anthropologie réflexive des années 80, j'aimerais vous solliciter sur un autre problème, soulevé par Caroline dans un commentaire suite à un entretien à l'ANPE :
Que peut-on faire avec un doctorat d'anthropologie ?
A mon avis, nous (je me permets d'utiliser un nous, ne vous sentez pas obligé par lui) n'avons pas été surpris par l'absence de débouchés dans la discipline. Nous avons, je n'en doute pas, élaboré de multiples plans B pour trouver ou créer un emploi avec un doctorat d'anthropo. Participer avec moi à un petit recensement des bonnes idées.
vendredi 26 mai 2006
Hypothèse (bis)
"Do it yourself !"
Hypothèse dite de la femme sans tête
Il n'y pas de sens à parler de l'anthropologie comme d'une discipline unifiée disposant d'instances lui permettant de se lancer dans des réformes concernant la pratique professionnelle de l'anthropologie. Faire de l'anthropologie dans le privé c'est faire "son" anthropologie. "Chacun fait fait fait, ce qui lui plaît plaît plaît". La création de DESS d'anthropologie et d'un statut professionnel de "praticien" de l'anthropologie ne peut être pensée à une échelle nationale. Les formes de contrôle dont dispose la profession, CNU pour l'université, section 38 du coté du CNRS, sont des instruments de reproduction d'un système existant (l'animation académique de l'anthropologie). L'association française des anthropologues et la société d'ethnologie française semblent ne pouvoir soutenir efficacement une réflexion sur la professionnalisation des étudiants en ethnologie, notamment parce que ces instruments de représentation de l'anthropologie ne concernent pas les ethnologues travaillant dans le privé... Peut-être qu'il faudrait élaborer un observatoire des pratiques anthropologiques qui recenserait et connecterait les différents praticiens de l'anthropologie...
jeudi 25 mai 2006
Hypothèses
A la demande générale (hum hum), je vais proposer plusieurs pistes de réflexions, parfois contradictoires, pour expliquer l'absence de transformation de la pratique de l'anthropologie suite à son tournant linguistico-littero-réflexif dans les années 80. Proposez-moi d'autres hypothèses (note: je n'hésiterai devant aucun stratagème pour motiver vos commentaires).
"Je suis anthropologue parce que je fais de l'anthropologie"
Hypothèse dite de l'existentialisme tautologique
Les anthropologues ne se pensent pas comme des prati
ciens. Leur activité sert l'animation d'une communauté académique et sert la production d'un fond encyclopédique. Les textes anthropologiques ne peuvent être soumis à des critères appartenant à un public non concerné par l'animation de la discipline. Les anthropologues assurent leur fiction professionnelle en consolidant l'existence institutionnelle de l'anthropologie au risque de délaisser la représentation publique de leur profession. Cette conception de la discipline légitime un dualisme anthropologie fondamentale / anthropologie appliquée, et justifie l'absence totale de réflexion sur la professionnalisation des étudiants en anthropologie.
"Qui part à la chasse perd sa place"
Hypothèse dite des sumos fatigués
La communauté, à travers ses doctorants, est tournée complètement vers l'occupation de l'échiquier universitaire. Les anthropologues payés par l'université pour faire de l'anthropologie se concentrent sur la promotion et l'occupation de champs de recherche et impliquent les futurs anthropologues dans cette lutte quotidienne. La précarité professionnelle des anthropologues est comprise comme une précarité discursive. La mise en cause des mécanismes de reproduction disciplinaire est d'autant plus délicate à réaliser qu'elle nécessite la mise en cause de certains modes de communication consacrés. Pour plagier mon directeur de recherche, l'anthropologie est une bataille de sumo fatiguée, personne ne tente d'aller regarder ailleurs de peur de se faire éjecter.
lundi 22 mai 2006
Qui a une théorie ?
Dans la série "qui a une théorie ?"
Pourquoi les questions ouvertes dans les années 80 sur le texte anthropologique, sa construction, sur l'autorité du discours anthropologique et l'affirmation professionnelle des anthropologues semblent avoir été aussi peu productives institutionnellement, notamment en France ?
Je proposerai une théorie si vous m'en proposez !


