jeudi 15 juin 2006
Retour
Ca fait un moment que je veux repartir à Laprade (un Hôpital Local où j'ai logé 5 mois) à la fois pour présenter une version papier du rapport (qui va être rendu public le 19 juin) mais surtout pour voir les résidents, et garder contact avec les personnels (surtout celui des cuisines). J'ai mis le temps (voir plus bas sur le blog) mais j'y suis allé hier. Je n'y suis pas passé depuis février. Du coup j'y suis allé comme un voleur (d'ailleurs je n'ai pas cessé de m'auto qualifier de "coup de vent" ou de "touriste"). Je n'ai averti personne. L'extrême régularité de la vie en maison de retraite fait que je suis toujours plus ou moins sûr de pouvoir voir les gens que je veux, en tout cas parmi les résidents. Manque de chance, c'était le jour de la sortie annuelle. La plupart des résidents sont partis en bus dans un restaurant du coin. J'ai pu les voir le lendemain (donc ce matin).
Mon passage en cuisine m'a rassuré. L'équipe était
là, surprise et souriante. On a pris l'apéro, on m'a invité à manger, les stagiaires
diététiciennes avaient la pêche, l'ambiance était vraiment très bonne. Je les ai quitté pour aller au club du troisième âge qui jouxte l'hôpital. J'ai fait le service là-bas tout les mercredi pendant 5 mois. En deux temps trois mouvements, j'ai été recruté pour distribuer les mousses au chocolat et le café. On me demande des nouvelles de ma copine, les mamies (elles s'appellent comme ça aussi) pensent même que j'avais un petit en route... Tout le monde est aux anges et je sors convaincue (comme d'habitude) que je suis le "gendre idéal". Evidemment, c'est toujours un peu flou quant à mon statut, je serai toujours une sorte de stagiaire serviable qui aime discuter avec les personnes âgées. Certaines pensent même que je suis originaire de Laprade : "alors rentré au pays!". Je ne cherche pas à corriger les petites imprécisions biographiques, je n'en vois pas l'intérêt. Je suis dans le phatique.
Je discuterai également avec le directeur, peu finalement, "tout va bien", il a recruté de nouvelles aides soignantes, "mais tout va mal", l'état fait n'importe quoi, c'est de plus en plus difficile à gérer. Le lendemain, j'ai une très longue discussion avec la surveillante, et j'ai enfin la stéreo. Je ne vais pas entrer dans les détails.
J'ai vu les résidents de Laprade, en coup de vent. Ils me remercient de passer les voir, et évidemment ça me fait culpabiliser. Certains des résidents que j'ai cotoyé sont morts, j'avais demandé à la présidente du foyer troisième âge de me briefer je n'ai donc pas été surpris.
Il y a vraiment quelque chose de particulier dans le retour, on trouve une certaine acuité nostalgique dans son regard. Je comprends un peu mieux certains poncifs ethnologiques. On trouve également une redéfinition de son statut dans ce retour, en l'occurence une forme de désintitutionnalisation (argh).

