lundi 10 juillet 2006
Impliquer son texte
L'ARA m'a demandé il y a quelque semaines de recentrer mon article (proposé en pré print ci-dessous) pour coller mieux à la thématique de leur numéro. Mon article pour ceux qui l'avaient lu, se concentrait sur la notion d'implication (comment Marc Touché élabore une catégorie musicale pour reformuler son implication dans l'activité musicale). Cette notion d'implication n'est qu'une entrée pour ce numéro, on m'a donc demandé de recentrer mon article sur sa deuxième partie (qui aborde rapidemment la question des textes et du public de Marc Touché). J'ai dû rééquilibrer le texte et reconstruire complètement l'introduction et la conclusion. Pour tout avouer cela m'a pris beaucoup plus de temps que prévu. Difficile de rééditer un article, peut-être qu'en lisant la seconde introduction vous sentirez la tentation qui fut la mienne. Aujourd'hui je trouve amusant de lire les deux introductions, la seconde est encore fraiche, je dois envoyer la nouvelle version le 15 juillet.
Introduction version du 24 mai
La biographie fait partie des genres à succès de la
littérature historique s’intéressant aux sciences. L’écriture d’une vie de
recherche permet d’incarner et d’offrir une échelle humaine à la science et à
son historicité. L’homme et la science, la recherche et son contexte, works and
life : ces couples servent une dramaturgie de la relation - de
l’opposition à la complémentarité, du déterminisme au génie, comment nos
chercheurs composent-ils avec notre monde ? Dans cette grande tradition,
je nous intéresserai à la vie de chercheur de Marc Touché, un sociologue
travaillant pour le CNRS et le Musée National des Arts et Traditions Populaires
sur les répétitions de groupes de musiques amateurs utilisant une
instrumentation électro-amplifiée. Je ne m’intéresserai pas à l’itinéraire de notre
chercheur, ni même à sa carrière, mais à quelques secondes de paroles
enregistrées où il est revenu sur la création de sa catégorie musicale, la
catégorie musiques amplifiées. Ma description de ce moment de parole
partage le projet d’une anthropologie des sciences. Nous étudierons dans un
même mouvement l’élaboration d’un discours scientifique, la configuration de
son contexte d’énonciation et l’identification de son auteur. Ce faisant, nous
formulerons une problématique de l’implication, catégorie descriptive
nous servant d’alternative à une description en termes d’engagement, d’application
ou de vulgarisation des sciences
Introduction version du 10 juillet
En 1984, les
communications du colloque de Santa Fé plaçaient le texte au centre d’un débat
sur l’autorité du discours anthropologique et le positionnement professionnel
de son énonciateur (Clifford & Marcus 1986). Vingt ans après leur publication, outre
l’absence de traduction, les étudiants en anthropologie peuvent témoigner du
peu d’incidence de ces travaux sur la formation et la professionnalisation des
anthropologues. Refoulées au nom du terrain, ces approches réflexives de la
pratique et de la textualité de notre discipline sont aujourd’hui confondues
avec son historiographie. Sorti de ma thèse, et par là même de l’université, la
reprise d’une réflexion sur les postures professionnelles des anthropologues
m’apparaît plus urgente qu’une réhabilitation de ces travaux. Dans cette
perspective, cet article sur le sociologue Marc Touché et ses usages de la
catégorie musiques amplifiés participe d’un inventaire critique des
différentes formes d’implication des chercheurs en sciences humaines et des
régimes de textualité qui leur sont relatifs.
Marc Touché mène de front une recherche ethnographique et une activité muséographique sur les répétitions des groupes de musiques amateurs, une action de prévention sur les risques auditifs, ainsi qu’un travail comparatif sur les pratiques d’appropriation de la ville par les loisirs, notamment le skateboard. La représentation de cette activité de recherche par Marc Touché implique l’usage d’une catégorie musicale, la catégorie musiques amplifiées. L’analyse proposée tente de rendre compte du rôle de cette catégorisation de l’activité musicale dans l’élaboration et l’affirmation d’une posture et de sa textualité.
vendredi 12 mai 2006
PrePrint
Un preprint d'un article pour la Lettre de l'Association Rhône-Alpes d'Anthropologie dont les termes de l'appel à communication m'avaient plû (à voir ici). L'article a été accepté sur proposition d'un petit résumé.
L'article doit faire moins de 30000 signes. Pour ceux qui connaissent ma thèse, c'est une reprise du premier chapitre. On peut qualifier l'article d'étude de cas en anthropologie des sciences sociales. Il est relativement proche d'un article proposé à Ethnographiques.org (qui porte sur un doctorant faisant une thèse d'anthropologie sur l'histoire de l'anthropologie) que je ne propose pas en Preprint, puisqu'il est en pleine évaluation chez eux.
Preprint_Jaujou___Le_sociologue_et_les_musiques_amplifi_es.pdf
Bonne lecture...
lundi 1 mai 2006
Matinée perdue
J'ai passé ma matinée à essayer de répondre à un "appel à communication".
Je réflechis en écrivant. C'est à dire que si je sais ce dont j'ai besoin (les exemples, tournures, accroches, etc. que je vais utiliser), il est rare que je sache réellement où je veux aller. Je ne sais pas ce que je veux dire, mais je sais ce sur quoi je veux parler. Ce matin, il m'a fallu au moins 3 heures pour me rendre compte que, finalement, ce n'était pas une très bonne idée de répondre à cet appel à communication. Je ne pourrai pas vraiment défendre un exposé sur ce thème, à moins de fournir un gros travail dans ce sens, ce dont je n'ai pas vraiment envie. Du coup, ma matinée est un peu perdu. A moins que d'explorer une fausse piste soit, en soi, un exercice constructif.
J'ai commencé à faire des copiés-collés pour mon projet de bouquin. Ma conception de l'écriture se rapproche de la sculpture, il me faut balancer un maximum de matière pour ensuite tailler, sculpter, préciser, étoffer, etc.
vendredi 28 avril 2006
Alternative repoussée
Les résidents de la dépendance
Investissement de l'espace et construction communautaire en institution gériatrique.
J'ai commencé par rédiger un plan dans cette direction pour écrire un bouquin sur mon "immersion" en EHPAD (qui serai éventuellement publié par la MSH). C'était un peu trop classique, je dispose d'une matière quelque peu originale (notamment sur des déplacements "extraordinaires" de résidents), mais il faut reconnaître que pas mal d'ouvrages se concentrent sur cette problématique de l'habitation et de la construction identitaire en institution (Mallont, Keith, etc.).
Je vais plutôt me concentrer sur la notion d'ordinaire linguistique, sur sa mise en péril (par la rupture biographique, par la maladie, par la dépendance, par la démence, par la mort) et sur sa conservation en institution gériatrique (à l'aide de catégories professionnels, de routine discursive, de savoir-taire, d'amnésie sélective, etc.). J'espère prolonger le travail d'Eric Chauvier en le situant en institution gériatrique.

