vendredi 2 mars 2007
Réunir un collectif (suite)
la Villa Pessoa
samedi 4 novembre 2006
Ethnographiques.org
Le numéro 11 d'ethnographiques.org est sorti. Depuis son premier numéro en 2002, je suis de plus ou moins loin l'activité éditoriale de cette revue.
Ethnorg (pour les intimes) est une des premières revues francophones d'anthropologie paraissant exclusivement en ligne, si ce n'est la première.
Ca fait déjà quelque temps que je veux publier quelque chose sur ethnographiques.org. L'occasion m'en a été donnée avec "Un doctorant en déroute", un article au format et au propos assez peu conventionnel, ou du moins, plus difficile à faire passer dans les revues anthropologiques papiers : Ethnologie française, Terrain, Journal des anthropologues, etc. Cette publication était également l'occasion de reprendre contact avec une vieille connaissance, rencontrée et fréquentée pendant plusieurs années à l'occasion d'un séminaire parisien suivi assiduement.
Mon interlocuteur (je lui laisse le soin de se nommer) n'a pas été surpris par l'article proposé, comme il me l'a dit (je ne sais plus s'il a utilisé ce terme) c'est "jaujouesque". A cette occasion, mon interlocuteur m'a proposé de lui composer une dimension multimédia, ou en d'autres mots, de profiter du format pour lui adjoindre du matériel sonore, photographique, ou video, et de faire le lien avec ce blog. Cette proposition m'a conduit à photographier des rayons de livres de la bibliothèque de Toulouse pour expliciter la raison propre à l'organisation d'une "bibliographie" et à travailler sur la citation sonore, ces thèmes redoublant le texte sans pour autant l'illustrer. Cette possibilité d'expérimenter, d'essayer, et évidemment de se tromper est complètement inédite (merci encore), et ouvre des possibilités multiples. Mon expérimentation n'est pas très mature, mais je vous invite à concevoir un article pour le format d'Ethnorg, c'est à dire de concevoir une interaction multimédia qui n'écrase pas le son, la video, ou l'image sous le texte, je vous assure que cela va vous "enchanter".
Mon article sera peut-être publié en janvier chez Ethnorg... si le relecteur extérieur à la revue n'a rien à y redire. (Je n'apparais pas dans le futur sommaire du numéro 12...) Ethnorg fonctionne par numéro, avec des coordinateurs et des thématiques. Si le rythme de parution est soutenu, il n'en demeure pas moins que son format d'édition et de conception reprend celui d'une revue papier.
Ce qui est relativement dommage (mon article en s'en fout un peu) c'est qu'Ethnorg ne joue pas la carte de l'ingénierie académique... Je veux dire par là que son comité éditorial ne cherche pas à animer une discussion autour des articles édités, discussion sous forme de commentaires type blog, ou sur une sortie Forum. Je pense qu'ils ont discuté la question (évidemment) et ont décidé de ne pas suivre cette voie (note: il n'y a que très peu de limitation technique...n'importe quel site amateur de jeux video à son forum ou ses news à commenter). S'il est difficile avec une équipe restreinte d'animer un site, on peut imaginer qu'il n'est pas particulièrement difficile de trouver un doctorant et/ou un professeur assez dégourdi pour faire de la modération... Il s'agit donc d'un choix assumé de ne pas faire d'Ethnorg un espace de communication académique mais avant tout un espace de publication. Sur le même modèle qu'une revue papier donc, le lecteur ne peut pas signer sa lecture, il reste sans voix.
Autre enjeu majeur de cette numérisation d'une revue, c'est le fonctionnement en termes de "numéro". Si ce format permet de concentrer les efforts et la mobilisation des différents acteurs d'ethnorg, on peut regretter que le comité éditorial ne cherche pas à casser cet ordre relativement contraignant (pour mon petit article par exemple) au profit d'expérimentation sur l'accès à un fond de textes (articles) régulièrement mis à jour. Pourquoi un numéro devrait faire 10-12 articles? Pourquoi ne pas imaginer un site avec ces différentes pistes à suivre, ses différentes racines... La mise en page d'Ethnorg est d'une très grande qualité et le design général est sobre et classe, il est sûrement possible d'imaginer un mode de visualisation des articles et de navigation qui permettent de voir les dernières mises à jour et articles publiés, mais également d'organiser les articles selon différentes catégories (une façon de réfléchir également sur les mots-clés à l'heure d'internet).
Ethnorg, à mon sens, devrait profiter de sa récente maturité pour assumer son format et tenter de mettre en place une nouvelle organisation éditoriale. A moins que sa seule ambition, soit d'être une revue comme les autres, avec son petit réseau qui se publie en rond (ça c'est méchant...).
A noter que l'ANR place encore la conception d'outil de recherche (moteur de recherche, index, classification, automatisation de l'indexation, etc.) pour les SHS comme une de ses priorités !
mardi 24 octobre 2006
Décrire une proposition
L’échange commence alors que notre étudiant quitte le bureau de son directeur de DEA. Il est sur le point de fermer la porte quand son professeur rouvre brusquement la conversation.
- "Mais… si vous avez été au Brésil, vous parlez portugais… et vous savez enquêter ?"
Ce bilan de compétences quelque peu sommaire, est introduit sans préambule ni raisons manifestes. Il prend la forme de ce que Harvey Sachs appelle une invitation à la correction (1995 : 22). L’accord recherché par notre professeur implique la reconnaissance d’une évidence partagée. L’étudiant a travaillé durant sa maîtrise sur le folklorisme au Brésil et a enquêté en portugais. Il ne conteste donc pas ce curriculum vitae dressé sur un pas de porte. Prudemment, il collabore même à cette réouverture de la conversation.
- "Ben… oui…"
Sans autres manoeuvres introductives, le professeur dévoile ce qu’engage la ratification de cet accord.
- "Et beh alors vous pourriez nous faire une anthropologie de l’anthropologie portugaise pour votre thèse, comme ce qu’a fait Joachim, mais au Portugal… "
Ce raisonnement révèle les critères que le professeur estime nécessaires au recrutement d’un jeune chercheur : une compétence linguistique (connaître la langue des autochtones) et une compétence méthodologique et logistique (savoir enquêter). De son point de vue, ces critères semblent suffire à l’acceptation de sa proposition. Puisque notre étudiant sait enquêter et qu’il parle portugais, il peut mener une thèse sur « l’anthropologie portugaise ».
- "Je sais pas…faut voir"
Notre étudiant participe à cette reprise de la conversation, sans répondre à la question directe et fermée de son professeur. Il hésite. Nous sommes au printemps. Son mémoire de DEA est encore en cours d’écriture. Il traite des rapports entretenus par la presse française avec l’exotisme et, par extension, avec l’anthropologie. Sa soutenance est prévue pour le mois de septembre. La possibilité d’une thèse n’a pas encore été sérieusement discutée, que ce soit avec sa compagne, sa famille, ses amis, ses collègues ou ses professeurs. Cette proposition prend notre étudiant de cours. Elle bouleverse l’ensemble de possibles alors à sa disposition. Du « Est-ce que je vais faire une thèse en anthropologie ? » notre étudiant passe brusquement à un « Est-ce que je vais faire une thèse sur l’anthropologie portugaise ? ».
Si la proposition du professeur prend de cours notre étudiant, le projet de thèse présenté ne le surprend pas. Par exemple, l’expression « anthropologie de l’anthropologie » lui est familière. Elle est utilisée en séminaire et fait l’objet de discussions animées. Le sujet proposé par le professeur d’anthropologie est construit sur un modèle local préexistant : la thèse de Joachim sur l’anthropologie roumaine. Une thèse au destin heureux, puisqu’elle a été soutenue et publiée. En plus de ce précédent, notre étudiant connaît succinctement les relations de son directeur avec les anthropologues portugais. De même, il est au fait de son intérêt pour l’histoire de l’anthropologie. Ces connaissances d’arrière-plan lui permettent d’expliciter les motivations de son professeur. L’envoi d’un étudiant discipliné et la soutenance d’une thèse d’anthropologie française sur l’anthropologie portugaise lui offrirait l’occasion de consolider durablement son réseau en le consacrant académiquement. De même, la réalisation d’un travail sur l’anthropologie portugaise pendant et après le salazarisme, lui permettrait de donner corps à son projet d’études des anthropologies nationales dans des contextes historiques de transition, projet inauguré avec Joachim, et qui se verra bientôt pérennisé par une thèse sur l’anthropologie portugaise. Accepter cette offre, pour notre étudiant informé, c’est accepter d’occuper une position stratégique dans un dispositif en chantier, et donc encore vulnérable. Les inconvénients de ce positionnement sont par trop évidents pour assurer pleinement la promotion de ce sujet. Aussi, sans même s’attaquer à l’hésitation de son étudiant, le professeur poursuit :
- "Ben oui… Il faudrait étudier les modalités de la mise en place de la discipline, dans les années 70, quand Fernando a créé le département à Lisbonne, tout ça… En plus moi et Joseph on peut vous introduire, ce sera plus facile… Et il y a la Villa Pessoa ! Ce serait un bon coup à jouer… On va essayer de vous faire entrer à la Villa … Bon, c’est pas immédiat, c’est réservé aux fils d’ambassadeurs ces trucs là, mais… on vous fait une lettre de soutien pour la Villa, Joseph est un ancien membre, moi j’ai eu des bourses pour y faire des recherches, vous vous présentez, et vous passez deux ans dans un palais, grassement payé… Et il y a une bonne bibliothèque à la Villa ! Et en plus tous ceux qui ont fait l’anthropologie au Portugal sont vivants, ils vont pouvoir témoigner."
La ligne argumentaire de notre professeur met au jour ses critères d’évaluation d’un projet de recherche en anthropologie. Le professeur souligne tout d’abord l’intérêt de la période historique concernée, qu’il constitue aussitôt en objet de recherche anthropologique : « les modalités de la mise en place de la discipline » au Portugal. Cet objet de recherche est inédit en France, mais il profite de sa formulation empruntée à l’histoire et à l’anthropologie des sciences pour être identifiable et susciter des attentes. Le professeur s’applique ensuite à démontrer la faisabilité même du projet. Selon lui, et sans fausse naïveté, les contacts pré existants ainsi que la disponibilité des protagonistes de cette histoire devraient faciliter la réalisation de l’enquête et assurer une plus grande visibilité à son caractère ethnographique. Le professeur évalue également la viabilité de cette enquête en termes financiers. L’attrait d’un financement est multiple, il s’agit tout autant de répondre aux problèmes logistiques soulevés par la précarité financière de l’étudiant que de renforcer la légitimité de ce projet de thèse en le liant institutionnellement.
La preuve de la pertinence, de la faisabilité et de la viabilité de ce projet de thèse étant faite, l’hésitation de notre étudiant ne peut être que plus hésitante.
- "Ben oui, pourquoi pas… faut…"
Conscient de son embarras, le professeur choisit de mettre un terme à la conversation, et ce de façon aussi abrupte qu’il l’a engagé. Une semaine plus tard, sa décision prise, l’étudiant retournait voir son futur directeur et signifiait clairement son désir : il veut faire une thèse sur l’anthropologie portugaise.
lundi 16 octobre 2006
Un doctorant encore dérouté ?
L'article un doctorant en déroute qui devait paraître éventuellement peut-être en octobre, paraîtra plus hypothétiquement encore peut-être en janvier... Un autre article de ma composition devrait sortir tout de même avant noel dans la Lettre de l'ARA. Je vous en reparle.
Mais puisque j'ai essayé de faire monter votre intérêt pour ce fameux article qui ne vient pas, j'ai décidé de vous en donner les premières lignes en pré-print évidemment ! Voir ci-dessus...
dimanche 1 octobre 2006
Convention
Où sont explicitées les conventions d'écriture de l'anthropologie ? Comment avons-nous appris à écrire en anthropologues dans l'espoir d'être lus comme des anthropologues ?
Mis à part une explication en TD d'une méthode pour faire un bel et bon état de l'art, on ne m'a pas expliqué comment composer un écrit anthropologique. Si les débats abordés pendant ma formation avaient un rapport direct à l'écriture (merci James Clifford), la connexion semblait morte...
Nos premières écritures sont loin d'être les plus débridées. En licence, je me sentais obligé d'utiliser le "nous" académique français: même si celui-ci me posait de véritables problèmes de cohérence lors de certains passages (récit d'enquête par exemple). C'est en écrivant qu'on se libère de ce type de convention (tout comme on apprend à étendre son vocabulaire) et qu'on commence à rechercher d'autres possibles.
Les directions que l'on nous donne à ce moment là sont essentielles. Un de nos professeurs avait bien compris l'enjeu, puisque il prenait pour exemple le plan d'un de ses ouvrages pour nous montrer ce qu'il fallait écrire...dans l'espoir peut-être de lire ce qu'il aurait écrit (je repousse volontairement l'hypothèse dune modestie le forçant à parler seulement de ce qu'il connaît).
L'acquisition d'une bibliothèque et la découverte de différences notoires entre les choix d'écriture me semblent des expériences fondamentales dans la découverte et la génèse d'un "moi-auteur". De cette période, j'ai conservé ce sentiment que l'anthropologie (à la différence d'autres disciplines) peut faire feu de tout bois. La horde d'auteurs nous ayant précédés s'étant déjà confrontés à de nombreux problèmes d'écriture, il est possible de trouver des solutions et des pistes pour affirmer notre anthropologie (cf. Eric Chauvier). Les attentes de lecteur que l'on developpe d'un livre à l'autre servent la construction de cette nouvelle discipline d'écriture.
Selon moi, la majorité des problèmes théoriques anthropologiques trouvent une expression beaucoup plus satisfaisante lors de l'écriture, ou pour le dire autrement, la possibilité d'une connaissance anthropologique est indissociable d'un réflexion sur son format et sur sa diffusion (un simple retour des arguments anthropologiques). L'expérience de lecture doit être une expérience de connaissance. Du roman au mode d'emploi, les solutions sont multiples.
Aujourd'hui, il me semble possible de multiplier les casquettes de l'anthropologue professionnel. Il n'est pas seulement un écrivain de science. D'autres formats sont à sa disposition, et surtout d'autres projets (que l'écriture d'un ouvrage) peuvent servir de moteur à l'élaboration de sa démarche.
dimanche 24 septembre 2006
Sublimez-vous qu'ils disaient....
L'histoire servant de support à cet article (voir plus bas) est relativement désespérante...et c'est pourquoi j'en appelle
désespérement à la "sublimation".
"Nous" qui vivons à l'orée d'un monde universitaire finalement
"étranger", nous devons continuer à parler au nom de l'anthropologie,
parce que nous en avons fait une discipline de vie, et parce que c'est ce qu'elle est, avant d'être une combinaison de
réseaux, de hiérarchies, de pratiques, de protocoles, d'habitudes linguistiques,
de débats académiques, etc.
Je sens un vent de lyrisme dans mon dos, alors je me lâche:
"Restons anthropologues !"
Voilà, c'est dit. Enfin j'aimerais le dire à ces étudiants ou à ces jeunes chercheurs tentés de raccrocher les gants, parce que leur démarche ne rentre pas dans les sommaires des revues d'anthropologie ou dans le programme de leur laboratoire... Il y a beaucoup de travail à réaliser en anthropologie, des publics à conquérir, des milieux professionnels à pénétrer, des expériences à réaliser, etc. De façon plus générale, on a besoin d'entendre d'autres voix, de découvrir d'autres questions, d'apprendre autrement, de faire différement...les sciences sociales ont besoin d'innover, et l'anthropologie dispose d'une formidable histoire pour le faire...
Il faut sortir de cette forme particulière de libéralisme dans
laquelle nous avons été formés, et, dans un même élan sortir du communautarisme
dans lequel s'enferment nos aînés. Il est possible de vivre de l'anthropologie,
possible de continuer d'en écrire, d'être édité et surtout d'être lu.
Nous ne sommes pas tombés de haut lorsque nous avons découvert les coulisses de l'anthropologie professionnelle, alors nous devrions être capable de nous remettre au boulot rapidement.
mercredi 20 septembre 2006
Affaire à suivre...
Lors de ma soutenance, Jean-Loup Amselle avait qualifié mon approche, et de façon plus générale, l'approche de mes collègues, en s'étonnant de ma façon "d'entrer dans un problème par le bout de la lorgnette"...
C'est encore ce que je ferai aujourd'hui, et la démarche est d'autant plus intéressante qu'elle concerne précisemment ces chercheurs qui se lisent, s'évaluent... et s'étonnent de voir des problèmes formulés aussi trivialement.
En passant, je suis toujours un peu désolé de voir qualifier les approches un tant soit peu interactionnistes (ou ethnographiques), de "micro" quelque chose. Je crois que Schegloff a écrit quelque chose la dessus, indiquant que jamais Erving Goffman n'avait considéré sa sociologie de micro-sociologie (pareil pour H. Sachs). D'un certain point de vue, on peut qualifier ces approches de "sociologie 1/1", "grandeur nature", une façon de s'intéresser à des unités sociologiques ayant cours dans notre quotidien (a noter que je ne doute pas que certaines "super catégories" fassent partie du quotidien de certains de mes aînés).
Bref, tout ça pour dire que l'annonce faite en dessous, qui m'a valu les encouragements amicaux et concernés de Caroline, introduit un article (qui devrait être vraisemblablement publié électroniquement, je n'ai pas de nouvelles pour le moment) traitant du devenir d'un doctorant en anthropologie travaillant sur ses aînés, les anthropologues "payés pour".
[Pour ceux qui lisent en biais, le doctorant ce n'est pas moi puisque j'ai l'immense privilège d'être docteur en anthropologie, et même d'être certifié conforme par le CNU). Le doctorant dont il est question est un de mes anciens collègues. Je me sens concerné à plus d'un titre, mais ce n'est pas de moi dont il est question.]
Ce collègue est sur le point de soutenir sa thèse, du moins sa thèse est prête à être soutenue...oui mais voilà, un de ses directeurs (il en a deux le chanceux) refuse que sa thèse soit soutenue... l'autre directeur, veut ménager la suceptibilité de son collègue (et son réseau) et joue quelque peu la montre (je simplifie mais c'est ce qui en sort) attendant plus ou moins explicitement que notre doctorant s'épuise et renonce à soutenir une thèse dont il est responsable finalement de l'échec...
J'ai là une histoire terrifiante et j'espère bien faire peur à tous les doctorants qui pensent qu'innover c'est bien, même si c'est impertinent!
Affaire à suivre...
samedi 16 septembre 2006
Préambule
Sans transition, j'aimerais introduire une série de posts qui visent à encadrer un article de ma composition, dont la parution devrait (je reste encore prudent) être imminente. Plusieurs thèmes vont se croiser et nourrir une même question pendant plus d'un mois :
- les anthropologues sont-ils capables de décrire leur pratique d'anthropologues ?
Avant de dérouler les interrogations impliquées par cette question peu intéressante, arrêtons-nous sur la réponse qui vous échaperra peut-être:
- mieux que quiconque !!
Oui, certains anthropologues vous le diront, leurs collègues passent leur temps à se décrire en train de faire, à se mettre en scène sur leur terrain, dans leur bibliothèque, etc. Si bien qu'ils se demandent même si il reste un contenu à cette anthropologie occupée dans l'acte d'auto description.
Avant toute chose, j'aimerais rassurer ces combattants de l'égocentrisme: le péril qu'ils combattent et dénoncent régulièrement en copiant-collant les mêmes sorties depuis 1996, n'existe pas (ou plus). Pas de post-modernisme galopant et tout puissant, pas de subjectivisme et de relativisme ravageur, l'URSS n'existe plus (je dis ça au cas où), il est temps de se trouver un nouvel objet pour construire une théorie ou légitimer leur projet.
Enfonçons une porte ouverte ensemble: la situation actuelle de l'anthropologie (situation catastrophique d'un point de vue professionnel) résulte d'une conception inadaptée :
- de ce qu'est la dynamique de l'université et des institutions de la recherche ;
- de ce qu'est le monde du travail.
Cette situation catastrophique est une héritage. Celui de la génération des anthropologues du Baby boom (pas de noms mais une tranche d'âge!). J'aimerais mettre à jour un conflit de génération, j'aimerais m'arrêter sur l'anthropologie que ces anthropologues vivent et font vivre, sur leur capacité à moraliser leur choix et leur parcours au nom de la discipline, sur leur conception de la recherche professionnelle...etc.
- "A réflexif, réflexif et demi" me direz-vous.
Il est vrai qu'il est plaisant de prendre à revers le dernier à avoir parler et de lui montrer combien sa position est "déterminée" ou "représentative". Ce n'est aucunement le but de cette série de posts. Mon point de vue sur la discipline est totalement désenchanté, mais je ne ferai pas une réflexivité du cynisme issu d'une certaine connaissance des rouages du monde universitaire. Le mot d'ordre de cette série de posts et de l'article qu'ils encadreront est "sublimation".


